2 articles, sur proposition de J-J Candelier, député du Nord

Publié le par comiteposte

Sur proposition de Jean Jacques Candelier, député du Nord, nous portons à la connaissance des signataires les deux articles suivants


1) Article du journal "La Terre"

NOS CAMPAGNES    LA POSTE


« C'est maintenant qu'il faut agir»

 Député (PCF) du Nord, Jean-Jacques Candelier a rédigé une proposition de loi sur le service public postal inspirée par le travail du Comité de défense du bureau de poste de Roquebrun (Hérault). Il propose que la France demande une dérogation aux directives européennes de libéralisation et le retour au monopole d'Etat. Explications.

 Pourquoi déposer ce texte ?
Le service public posta est attaqué de toutes parts. La Poste ne respecte pas le contrat de service public et ses engagements en matière d'aménagement. Cela a des effets concrets : dans les petites communes la direction fait le forcing pour transformer l'agence en agence postale communale, que les administrés devraient payer. Bientôt les épiciers s'occuperont des activités postales et bancaires, sans aucune sécurité! Récemment, La Poste a passé un marché avec un fournisseur de gaz pour que ses agents relèvent les compteurs. Il y a un risque de confusion pour les usagers. Les annonces récentes ont eu le mérite de mobiliser les collectifs d'élus, d'usagers et les syndicats. Le rôle de la représentation nationale, c'est de mettre noir sur blanc les propositions alternatives.

 En quoi les directives européennes de libéralisation menacent-elles le service public postal ?
Dans les pays où les services postaux ont été libéralisés, le service public s'est profondément dégradé. Sur 2 200 bureaux en Suède, 1 800 ont disparu, tandis que le prix du timbre a explosé. Par idéologie, l'Europe veut tout mettre en concurrence. Les libéraux soupçonnent les entreprises publiques d'être financées par les impôts, ce qui est incompatible avec la « concurrence libre et non faussée ». Pour eux, il n'existe aucune raison pour que l'opérateur public ne soit pas privatisé, à partir du moment où il est amené à fonctionner sur un marché concurrentiel. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'objectif de changement de statut de La Poste en 2010, d'établissement public à société anonyme, avec ouverture du capital d'ici 2011. Un tel projet n'a rien à voir avec la question du financement : les marchés financiers sont complètement défaillants. Il suffit pour s'en convaincre de voir comment l'Etat, aujourd'hui, est appelé à la rescousse par les banques privées !

 Peut-on empêcher que le processus de privatisation aille à son terme ?
Bien entendu ! Avant tout enregistrement, ma proposition de loi doit avoir l'aval de la commission de recevabilité financière. Le texte a déjà été amputé : au départ, nous voulions abroger les directives européennes, mais les administrateurs nous ont expliqué que nous ne pouvions, au mieux, que réclamer une dérogation. L'Europe des technocrates est supérieure, d'un point de vue juridique, à la volonté des élus du peuple et de la population ! Si le Gouvernement est acculé, il devra mettre ses plans en sourdine. Il y a été contraint avec le décret Edvige... Sur La Poste, Nicolas Sarkozy palpe l'opinion, avec la création d'une commission fumeuse. C'est maintenant qu'il faut agir et faire grandir la mobili-sation. Les Français entretiennent un rapport charnel avec La Poste. Sa destruction ne passera pas comme une lettre à la poste !

Propos recueillis parOlivier Chartrain

 

UNE BOULE DE NEIGE PARTIE DU LANGUEDOC

Ils partirent de Roquebrun, dans l'Hérault (600 habitants), et par un prompt renfort se retrouvèrent 2 500 pour appuyer de leur signature d'élus une proposition de loi « pour le rétablissement des bureaux de poste de monopole public ». « On se bagarre depuis trois ans pour défendre notre bureau de poste », raconte Maryse Launais, porte-parole du Comité de défense du bureau de poste de Roquebrun, devenu depuis Comité pour le rétablissement des bureaux de poste de monopole public.

Une bagarre au cours de laquelle le rôle des directives européennes, qui « organisent la mise en concurrence des services publics avec les opérateurs privés », est peu à peu mis en évidence. S'informant partout où c'est possible, et notamment auprès de la CGT, le Comité réfléchit alors à un appel aux élus des communes voisines. Le texte souligne à quel point « le service public de la poste est indispensable à la population », et dénonce les pressions de La Poste « pour exiger le passage tout de suite en agence poste, ou même pour imposer la liquidation du bureau ». Il propose aux élus, de tout niveau et de toutes tendances, de soutenir une proposition de loi pour « abroger les directives européennes n° 97/67 CE et 2002/39/CE » sur la mise en concurrence du service public postal et « rétablir le monopole public d'Etat », afin de « réinstaller partout où les communes en font la demande des bureaux de poste avec les fonctionnaires nécessaires ».

Rapidement, 700 élus de l'Hérault apportent leur signature. Porté par ce succès, l'appel s'élargit puis devient national, dopé par la colère face à l'annonce du projet de privatisation. Quelle que soit leur couleur politique, souligne Maryse Launais, les élus sont conscients que « les privés n'auront rien à faire de nos petites communes ». En colère, elle raconte que La Poste demande déjà à certains facteurs de trouver des volontaires parmi les usagers pour leur éviter d'aller dans les hameaux reculés : « On leur dit "ils vont bien chercher le pain, ils peuvent prendre le courrier en même temps !" » La boule de neige, via Jean- Jacques Candelier, a déjà atteint l'Assemblée nationale - où le Comité a demandé audience à tous les groupes politiques. Gare à l'avalanche citoyenne !

Pour signer le texte : Maryse Launais, route de Laurenque, 34460 Roquebrun

 

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2) Article du journal "Informations Ouvrières

Une interview de Jean-Jacques Candelier, député PCF du Nord

“L’Europe veut tout mettre en concurrence. Elle introduit un cheval de Troie dans les législations nationales”Jean-Jacques Candelier a repris le projet du comité de Roquebrun et a déposé une proposition de loi que l’administration de l’Assemblée nationale veut dénaturer.

            Le comité de Roquebrun publie sur son site la liste de 2 600 élus, dont une quinzaine de parlementaires, quisoutiennent votre proposition de loi. L’article 1er propose d’abroger les directives postales européennes organisant la privatisation et la mise en concurrence des activités postales, et l’article 3 propose de rétablir le monopole public de La Poste. Quel a été la réaction du bureau de l’Assemblée nationale au moment de l’enregistrement ? Pour commencer, je félicite le collectif de Roquebrun pour son travail. Rassembler autant d’élus de différentes tendances pour une grande cause républicaine et le maintien du service public, cela prouve que les choses peuvent avancer. Avec ma proposition de loi, je me fais simplement le relais de ce combat juste et légitime. En ce moment, celle-ci est dans les circuits de l’Assemblée. Elle doit avoir l’aval de la commission de recevabilité financière, ce qui est une procédure classique avant tout enregistrement.

       Pour commencer, je félicite le collectif de Roquebrun pour son travail. Rassembler autant d’élus de différentes tendances pour une grande cause républicaine et le maintien du service public, cela prouve que les choses peuvent avancer. Avec ma proposition de loi, je me fais simplement le relais de ce combat juste et légitime. En ce moment, celle-ci est dans les circuits de l’Assemblée. Elle doit avoir l’aval de la commission de recevabilité financière, ce qui est une procédure classique avant tout enregistrement.

 Mais, ce qu’il faut savoir, c’est que le texte a déjà été dénaturé, car nous voulions au départ abroger les directives européennes. Or les administrateurs nous ont expliqué que nous ne pouvions, au mieux, que réclamer une dérogation à leur application ! L’Europe des technocrates, en vertu de la « hiérarchie des normes », est supérieure, d’un point de vue juridique, à la volonté des représentants de la nation, soutenus par l’écrasante majorité de la population.

Refuser à l’Assemblée nationale le droit de délibérer sur une question, même au nom de l’Union européenne, n’est-ce pas remettre en cause sa souveraineté ? Comment une telle exigence peut-elle être compatible avec la démocratie ?                     
 
Oui, mais cela n’est pas nouveau : la Constitution de la Ve République avait déjà limité le domaine de la loi. De même, le pouvoir réglementaire est bien souvent entre les mains d’autorités administratives « indépendantes », comme le CSA, par exemple. Au niveau européen, il faut savoir que les gouvernements légifèrent directement, sans contrôle des Parlements nationaux, et façonnent en profondeur nos différents codes. Les parlementaires adoptent à la va-vite des ordonnances de ratification dont peu connais sent le contenu. C’est pourquoi, il s’agit pour le peuple français de recouvrer sa souveraineté nationale et populaire. Cela passe notamment par l’abrogation de tous les traités liberticides qui sont complètement caducs eu égard à la gravité de la crise du capitalisme. Heureusement, les peuples entrent en résistance : dans le seul pays qui a consulté les citoyens sur le traité de Lisbonne, le résultat a été un non massif. Les Irlandais ont exprimé leur ras-le-bol des diktats de la Commission européenne et des marchés financiers. Ils ont voté par procuration pour l’ensemble des bâillonnés des prétendues « grandes démocraties » européennes. Mais s’opposer à l’occasion d’un référendum est autant nécessaire qu’insuffisant si la classe politique qui organise la construction européenne reste au pouvoir.                  

Des centaines de communes sont ac tuellement en train de délibérer sur votre proposition de loi. Ce mouvement des communes pour défendre leur bureau de poste n’indique- t-il pas que ce qu’une majorité a fait en acceptant de transposer une directive européenne en droit français, une autre majorité peut décider de l’annuler ?
 

Bien entendu ! On peut toujours changer ce qui a été décidé, sinon, nous ne serions plus en démo - cratie. Dans les pays où les services postaux ou de télécommunication ont été libéralisés, le service public s’est profondément dégradé. En Suède, sur 2 200 bureaux, 1 800 ont disparu, tandis que le prix du timbre a explosé. Il faut savoir ce que l’on veut ! Il est clair que rien ne changera s’il n’existe pas un mouvement fort à la base. La question est : comment construire la nouvelle ma - jorité politique ? De ce point de vue, même si le PS dans l’opposition ne peut se permettre de rester à l’écart de certaines luttes, son programme ne donne pas les gages suffisants pour qu’une fois au pouvoir, la politique soit réellement différente de l’actuelle. S’agissant du PCF, le mot d’ordre d’« Europe sociale », à mon avis, leurre quelque peu la population, car nous sous-estimons les conditions du progrès démocratique et social. Pour moi, il est clair que l’Europe ne sera jamais unie ni « sociale » sur la base du capitalisme.
                                                                                           

Quelle légitimité a la Commission de Bruxelles d’interdire les aides de l’Etat en ce qui concerne les entreprises publiques au nom de la concurrence libre et non faussée, alors que, 1 500 milliards d’euros d’argent public pour renflouer les spéculateurs ?
 
La Commission tire sa légitimité des traités. L’Europe veut tout mettre en concurrence. Elle introduit un cheval de Troie dans les législations nationales. Les libéraux soupçonnent les entreprises publiques d’être financées par les impôts, ce qui est incompatible avec la « concurrence libre et non faussée ». Ensuite, pour eux, il n’existe aucune raison pour que l’opérateur public ne soit pas privatisé, à partir du moment où il est amené à fonctionner comme le privé sur un marché concurrentiel. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’objectif de changement de statut du groupe, qui passerait d’un EPIC à une SA en 2010, avec ouverture du capital d’ici à 2011. Un tel projet n’a rien à voir avec la question du financement. Il suffit de voir comment, aujourd’hui, l ’Etat est appelé à la rescousse par les banques privées pour s’en convaincre ! Les marchés financiers sont complètement défaillants pour financer les activités économiques. Concernant la Banque centrale européenne, il s’agit de lignes de crédits qui ne seront pas financées par les contribuables, mais ce sera le cas de l’action des Etats. Dans cette mesure, il ne serait pas anormal que les citoyens, mis à contribution, aient un contrôle permanent sur les banques et établissements nationalisés, afin de faire prévaloir  l’intérêt général sur la spéculation.

 Le POI prépare avec des militants de toutes tendances du mouvement ouvrier une conférence pour l’unité. Que pensez-vous de cette initiative ?

 A vrai dire, je n’étais pas au courant. Je pense que c’est aux travailleurs dans leur grand nombre et dans leur grande crédulité face à la crise qu’il nous faut nous adresser. C’est eux qu’il s’agit de convaincre. Avec la crise financière, les utopistes et les hé rétiques d’hier sont devenus des visionnaires. Le système capitaliste est à bout de souffle. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud.C’est maintenant qu’il faut agir et faire grandir la mobilisation. Mais quand je découvre les mots d’ordre de « conférences, nationales, départementales, d’élection de délégués », nous sommes dans un processus des plus flous. Est-ce que le Parti ouvrier indépendant a la capacité, la lisibilité et la taille critique pour toucher et entraîner les masses ? Rienn’est moins sûr, mais toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre.

Propos recueillis par “Informations ouvrières”

 

 

 

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